Le combat des titans

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À quel site a-t-on observé le plus grand nombre d’espèces au Québec? Au moment d’écrire ces lignes, le Cap Tourmente l’emporte haut la main au Québec avec 308 espèces. L’argent revient à l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac (OOT: 268) et le bronze à la Pointe de Maizerets (261).

Mais bien sûr c’est plus compliqué que cela…

En attendant le passage de limicoles avec des birders sur la pointe de Maizerets, on se demandait si le Cap Tourmente méritait vraiment la palme du plus grand nombre d’espèces pour un site eBird au Québec. Si on combinait les deux Maizerets (la pointe et le domaine), dont chacune des listes est enviable, pourrait-on « accoter » le Cap Tourmente?

Il y a plusieurs problèmes avec les palmarès de sites eBird, le premier étant que les superficies des sites peuvent varier de deux, sinon trois, ordres de grandeur. Par exemple, la Réserve nationale de faune du Cap Tourmente couvre officiellement 24 km carrés, la pointe de Maizerets est dix fois plus petite que le Cap Tourmente, et l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac, environ dix fois plus petit que Maizerets. Si on ramenait le tout par unité de surface, l’OOT serait le grand gagnant – juste du belvédère qui fait quelques mètres carrés, la liste fait saliver. Et c’est sans compter que l’OOT est suivi depuis beaucoup moins longtemps que le Cap Tourmente ou Maizerets.

Hormis les superficies, un autre problème est le concept de « site » d’eBird, qui ouvre la voie à plusieurs incohérences. Par exemple, le territoire de la réserve nationale de faune du Cap Tourmente regroupe 167 sites, « publics » et « privés », avec des noms distincts tels que « 1 Chemin de la Friponne, Saint-Joachim, Québec, CA (47,077, -70,782) » ou encore « Cap Tormenta NW, Quebec, Main Road ». De quoi rendre perplexe!

Répartition des listes ÉPOQ/eBird au Cap Tourmente. La zone hachurée est la Réserve nationale de faune.

Pour pallier à ce dernier problème et comparer davantage des pommes avec des pommes, j’ai utilisé les limites officielles de la Réserve nationale de faune du Cap Tourmente ainsi qu’un polygone englobant à la fois le Domaine de Maizerets et la Pointe de Maizerets. Pourquoi fusionner les deux Maizerets? D’abord, plusieurs observateurs confondent les deux sites. Aussi, avant les années 1970, la Pointe de Maizerets n’existait pas – elle a été créée en draguant la voie maritime du Saint-Laurent. Ainsi, autrefois, il n’était pas inusité d’observer sternes et autres pélagiques de la plage qui se rendait au Domaine.

Une fois les 2 sites délimités, il ne restait qu’à extraire les listes eBird à l’intérieur de ces polygones et calculer les nombres d’espèces. Alors donc, est-ce que le Maizerets fusionné « accote » la Réserve du Cap Tourmente? Presque! – 317 espèces à la Réserve du Cap Tourmente, 314 à Maizerets. Si les totaux sont similaires, les listes d’espèces ne le sont pas – il y a encore un bon potentiel de croissance! Voici les exclusivités, en ordre alphabétique:

Cap Tourmente
Aigrette bleue
Aigrette tricolore
Bernache nonnette
Bruant à joues marron
Bruant de LeConte
Bruant sauterelle
Cardinal à tête noire
Chouette épervière
Cygne siffleur
Dindon sauvage
Effraie des clochers
Grive mauvis
Ibis à face blanche
Moucherolle à ventre roux
Oie à bec court
Oie de la toundra
Oie rieuse
Oriole des vergers
Paruline à ailes bleues
Paruline à ailes dorées
Paruline à gorge jaune
Paruline azurée
Paruline de Townsend
Paruline du Kentucky
Paruline hochequeue
Paruline orangée
Pioui de l’Ouest
Talève violacée
Tourterelle à ailes blanches
Troglodyte à bec court
Troglodyte de Caroline
Tyran à longue queue
Tyran mélancolique
Urubu noir

Maizerets
Aigrette neigeuse
Arlequin plongeur
Barge marbrée
Bécasseau cocorli
Bécasseau d’Alaska
Bécasseau roussâtre
Calopsitte élégante
Carouge à tête jaune
Chevalier semipalmé
Fuligule morillon
Fulmar boréal
Goéland cendré
Labbe à longue queue
Labbe pomarin
Léiothrix jaune
Mergule nain
Mouette atricille
Mouette blanche
Mouette de Franklin
Mouette de Sabine
Mouette rieuse
Océanite cul-blanc
Océanite de Wilson
Ouette d’Égypte
Paruline à ailes blanches
Perruche ondulée (forme domestique)
Phalarope à bec large
Pluvier siffleur
Serin du Mozambique
Sterne de Forster
Tadorne casarca

Si certaines espèces font sourciller, communiquez avec le réviseur eBird le plus près de chez vous… Mais ce que je trouve le plus remarquable est la dominance de Maizerets pour les pélagiques, et celle du Cap pour les passereaux. Sans doute un effet de l’entonnoir fluvial à Maizerets, facilitant l’observation.

La morale de cette histoire? J’en ai aucune à vous offrir, sinon que les palmarès des sites eBird n’ont pas grand signification, mais ils nous motivent tout de même à chercher l’espèce manquante… eBirders, à vos jumelles et scannez davantage le fleuve au Cap, et les buissons à Maizerets!

André Desrochers

5 commentaires

  1. J’aurais aimé voir une pondération en fonction du nombre de feuillets ou d’heures d’observation, il est évident que plusieurs sites sont très peu couverts en les comparant aux « titans »

    1. Jean-Pierre – c’est clair que le nombre d’heures y est pour quelque chose – voir Patagonia Picnic table effect sur Wikipedia. De nombreux sites de fort potentiel sont sous-birdés et c’est pourquoi les ornithologues qui fouillent des lieux moins connus sont souvent ceux qui apportent le plus de découvertes.

    1. Bonjour M. Allie
      Je ne crois pas, car le baguage a été sporadique par le passé, et c’Est tout récemment que l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac procède à du baguage « intensif ».

  2. Update: le Troglodyte de Caroline n’est désormais plus une espèce exclusive au Cap Tourmente! Il a été ajouté à la liste du site public eBird “Pointe de Maizerets” le 6 août dernier.

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