Les migrateurs dans l’ordre (1 de 4)

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Récemment j’ai vu passer une question sur Facebook à propos des migrateurs printaniers: dans quel ordre les espèces arrivent-elles au Québec? Comme vous pouvez imaginer, eBird a la réponse! Après avoir fait ma marche ornithologique ce matin, j’ai demandé à notre Oracle des oiseaux de trier les espèces arrivant au Québec, des plus pressées aux plus tardives. Avec les données en main j’ai pu analyser 189 espèces, un peu trop pour tout vous présenter d’un seul coup! Je vais donc étirer le plaisir en 4 publications, selon l’ordre d’arrivée des espèces des « plus pressées » à celles « moins pressées ».

Donc, dans quel ordre les espèces arrivent? La question est simple, mais quand vient le temps d’y répondre, on constate rapidement les embûches…

D’abord avec la base de données eBird il faut éliminer les espèces trop rares, pour lesquelles les dates d’ « arrivée » n’ont guère de sens. Idem pour les espèces qui sont fréquemment observées en plein hiver. Dans un premier temps, j’ai donc retiré les espèces présentes dans moins de 0,1% des listes d’observations eBird. Ensuite je n’ai retenu que les espèces dont moins de 5% des listes sont en hiver (mi-décembre à fin février). Je me suis retreint aux mentions de mars à la mi-juin, au sud du 47e parallèle, depuis 2000. Enfin, pour éviter les mentions répétées des mêmes oiseaux, j’ai retenu les nombres maximums observés pour chaque espèce, dans chaque localité, à chaque date. Cela ne règle pas le cas des oiseaux installés pour nicher, mais ça aide.

Une fois tout ce nettoyage complété, reste à définir c’est quoi exactement la « date d’arrivée » d’une espèce migratrice? Comme je le mentionnais dans un texte précédent, on peut considérer les premiers arrivés (pionniers) ou encore les oiseaux « moyens » (ou « médians » pour être plus précis). Pour les pionniers, j’ai donc calculé la date moyenne des premières mentions de chaque espèce, depuis 20 ans. Simple. Mais pour les autres, faut d’abord définir c’est quoi un migrateur « moyen »? J’ai procédé de la manière suivante. Chaque année j’ai trié les mentions de chaque espèce par ordre croissant de date, pour calculer le total cumulatif d’oiseaux. Ainsi, le 1700ième Pic flamboyant sur les 3400 notés dans la province au printemps 2010 était observé un 1er mai. C’était la date retenue pour cette espèce, cette année-là. Restait juste à calculer les moyennes des 20 dernières années pour chaque espèce. Bien sûr il n’existe pas d’approche idéale pour analyser cela. Mon approche, comme toutes les autres, est pleine d’éléments subjectifs, et par conséquent les dates d’arrivée mentionnées ici sont sujettes à beaucoup d’interprétation.

Néanmoins, les deux manières de voir les migrateurs (i.e., pionniers et moyens) sont intéressantes et répondent à des questions différentes. Je vous présente donc les deux types de migrateurs (pionniers et moyens), sous forme graphique.

Premier portrait : les espèces pressées

La première chose remarquable dans ce graphique, c’est l’écart d’environ 6 semaines entre les dates d’arrivée des pionniers et celle du premier 50% des oiseaux de leur espèce. Par exemple, depuis 20 ans, les premiers Canards branchus se pointent au Québec vers le 8 mars, mais ce n’est pas avant la fin avril que la moitié de tous les Canards branchus sont arrivés. Aussi, la prépondérance de la sauvagine est notable parmi les espèces les plus « pressées ».

En regardant le graphique de gauche à droite, on met l’accent sur les premiers arrivants de chaque espèce. Le Merle d’Amérique, le Canard colvert , la Bernache du Canada sont parmi les meneurs, ce qui n’est guère surprenant, puisque plusieurs de ces oiseaux restent au Québec l’hiver. La dizaine de meneurs tracent la limite entre les vrais migrateurs et les résidents (certaines buses, chouettes, fringillidés, etc.). Pour ma part, je choisis le Bruant chanteur comme vrai annonciateur du printemps à Québec, mon coin d’observation habituel. Est-ce que la liste des 10 premiers arrivants correspond à ce que vous pensiez? Les dates changent bien sûr d’une région à l’autre mais j’imagine que l’ordre reste assez similaire.

Je vous laisse en vous suggérant d’interpréter les espèces qui se trouvent tout en haut, mais pas très loin à droite sur le graphique, comme le Bruant familier. Ou encore, les espèces plutôt dans le bas du « nuage d’espèces », comme la Sarcelle d’hiver. On y reviendra dans le prochain texte de cette série de 4.

André Desrochers

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