Sortez vos caméras

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L’explosion du nombre de photographes d’oiseaux est le phénomène socio-ornithologique de la décennie. Le numérique permettant de combiner qualité, clonage et des coûts dérisoires, ce n’est pas surprenant que nos oiseaux soient illustrés sous tous leurs angles, dans toute leur splendeur.

Outre le plaisir de partager nos clichés exceptionnels, eBird nous offre une occasion de valider des observations qui, sans preuve, pourraient faire sourciller les experts. Quand vous accompagnez vos observations sur eBird avec des photos, des vidéos ou des enregistrements, eBird les consigne dans des collections comme la librairie de médias Macaulay et il étiquette les mentions concernées comme étant accompagnées d’un médium (confondant photo, vidéo ou enregistrement). Cela me permet donc de vous proposer un autre exercice de data-mining !

C’est réjouissant de constater que les observateurs prennent de plus en plus le temps de « documenter » leurs découvertes en partageant des photos[1]. La tendance depuis 2010 est fortement en hausse, possiblement plafonnée autour de 16-17% des listes avec au moins une photo, comme on peut le voir ici:

Vous ne serez pas étonnés si je vous indique que les mentions d’espèces plus rares sont plus fréquemment accompagnées de photos que les mentions d’espèces communes. Le graphique ci-dessous montre la tendance qui se dessine assez clairement. Je vous laisse deviner pourquoi on voit des « lignes » dans les points, à gauche (indice: algèbre de secondaire). Les espèces avec moins de 1000 mentions ont tendance à attirer les foules. Inévitablement, elles finissent par être documentées, par esprit scientifique parfois, mais disons-nous les « vraies affaires », souvent aussi pour partager notre « trophée »! Quoiqu’il en soit, j’espère que cette tendance se maintiendra, car la présence de photos aide les réviseurs à corriger de nombreuses mentions erronées – je parle en connaissance de cause, m’étant déjà fait corriger poliment par un réviseur !

Outre les raretés, certaines espèces sont juste trop attrayantes pour les ornitho-photographes. Le Harfang des neiges détient la palme – facile à observer, majestueux, et dans une saison où l’offre en oiseaux est plus réduite. Les autres espèces, sauf possiblement le pygargue et le Canard branchu m’étonnent toutefois. Vous saurez peut-être expliquer…

Ceci dit, Le espèces les plus génératrices de photos ne sont pas nécessairement les plus photographiées – un paradoxe qui s’explique par les fortes différences d’abondance. Alors, quelles sont les espèces les plus photographiées par les eBirders au Québec? Les voici:


Près de 4,000 photos pour le Canard colvert et la Bernache du Canada,  cela ne vous étonne probablement pas. Mais la médaille de bronze au Bruant chanteur – vraiment? On ne pourra pas accuser les photographes de sombrer dans le « colorisme »!

Je termine en soulignant que de plus en plus, les ornithologues soumettent des vidéos et des enregistrements audio. Cette dernière catégorie de médias me semble très prometteuse, notamment pour partager des cris de migration nocturne pour identification « collective ». Aussi, de nombreux chercheurs comme moi, utilisent des enregistreurs programmables pour obtenir des données audio sur des sites peu accessibles ou à des heures moins confortables. Nous ne sommes pas loin du moment où on pourra obtenir des listes d’espèces par intelligence artificielle appliquée à des enregistrements audio. Même des enregistrements effectués par un cellulaire peuvent donner des résultats utilisables, un peu à la manière de la digi-scopie.

Alors oui, sortez vos caméras (ou vos cellulaires), et alimentez eBird en multimédia!

À la prochaine,

André Desrochers

[1] Ou encore des vidéos ou des enregistrements audio. Ici je parle de « photos » car jusqu’à présent, ce médium domine largement par rapport aux deux autres.

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