Listes de rêve

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Une des plus belles caractéristiques du birding,  c’est la découverte. Est-ce que la prochaine sortie sera LA sortie?

Je ne sais pas pour vous, mais chaque fois que je mes mes jumelles au cou, j’ai un petit moment de bonheur, juste à penser à ce qui pourrait se pointer. J’ai ratissé la base de données eBird afin de trouver des listes qui sortent de l’ordinaire. Saviez-vous par exemple qu’une sortie au Cap Tourmente en mai 2002 détient le record du plus grand nombre d’espèces sur eBird Québec, avec 130 espèces au même site? Par surcroît c’était une liste de protocole stationnaire – l’observateur ne s’était pas déplacé au-delà de quelques mètres. En fait si c’est le décompte d’espèces qui vous intéresse, le Cap Tourmente est l’endroit de choix: 9 des 10 listes les plus garnies proviennent de cet endroit!

Quand on part à la recherche d’oiseaux, on espère bien sûr trouver la rareté qui nous fera ramollir les genoux, saliver tout le monde et nous hisser un peu plus haut dans le classement des birders qui ont de l’oeil et du flair. Des raretés, il s’en trouve juste assez pour nous donner espoir, et tout de même assez peu pour nous dire chaque fois, wow c’est incroyable! Prenez le Gobemoucheron gris-bleu – rareté oui, mais tout de même, c’est la dernière espèce à avoir franchi, le 21 mai dernier, le cap des 1000 mentions sur eBird Québec. Outre les raretés « communes » il y a bien sûr les raretés « classe nationale » avec moins de 100 mentions. Le Tyran mélancolique de l’été 2017 et la Talève violacée de novembre 2018 ont récemment quitté ce groupe sélect, franchissant le cap des 100 mentions. Et puis, les raretés de classe mondiale, qui ne passent jamais inaperçues dans les médias sociaux et ici sur eBird. On compte par exemple 16 espèces avec une seule mention – plusieurs d’entre elles possiblement en voie d’être invalidées par notre God Committee, le Comité d’Homologation des Oiseaux Rares du Québec, ou le retentissant « CHORQ » un peu comme le cri de vol nocturne que ferait un butor. On exclut bien sûr ces milliers d’oiseaux perdus qui auront échappé au regard des ornithologues.

C’est bien beau tout cela, mais laissez-moi vous emmener dans le monde des listes bizarres, sans raretés majeures, mais avec une collection de mentions exceptionnelles pour les espèces considérées. Comment retrouver de telles listes? D’abord, il faut calculer une cote de « bizarreté » pour chaque mention. J’ai fait cela en regardant jusqu’à quel point chacune des millions de mentions s’éloignait de la moyenne pour l’espèce en termes du nombre d’individus observés, de la localité et de la saison. Il existe une statistique pour cela, appelée Distance de Mahalanobis (essayez de dire cela avec la bouche pleine de biscuits soda). C’est en quelque sorte une généralisation de la statistique z (loi Normale), à plusieurs dimensions. Peu importe.

Vite comme cela, quelles listes d’observations québécoises auront généralement la palme? Oui, les listes dans le Grand Nord, en raison de leur grand éloignement. Quand vous êtes à Baie Déception, tout ce que vous voyez a un certain caractère exceptionnel, car vous êtes à quelque 1700 km des régions  peuplées d’où viennent la presque totalité des listes eBird! Mais plus au sud, quelles sont les listes eBird qui cumulent le plus grand nombre d’observations inusitées, excluant les espèces rarissimes? Il y a la liste de la parcelle d’atlas 17PT10 à Waskaganish (Baie James) qui inclut une vingtaine de canards branchus, 4 bruants chanteurs et 4 étourneaux. Mais OK, c’est encore dans le Nord. Que dire alors de celle-ci, à Laverlochère, dans le Temiscamingue? Avec 117 espèces, c’est déjà inusité, surtout qu’on y retrouve des espèces peu observées dans la région, comme la Sittelle à poitrine blanche, le Pioui de l’Est et le Moqueur chat. Il y en a une aussi aux « Îles-de-la-Madeleine », un peu trop général comme localité, et remplie de « X » pour les nombres d’oiseaux par surcroît, alors on va passer**.

Mais bon, ces listes de rêve sont toutes loin des régions à forte densité de birders. Dans le palmarès des listes mémorables dans les régions densément peuplées, voici quelques meneurs. La palme pour la région couverte par le club des ornithologues de Québec revient à cette liste fin septembre au Cap Tourmente, truffée d’oiseaux tardifs. Pour la région de Montréal (disons, le territoire de la Société de Biologie de Montréal), c’est une tournée chanceuse de « spécialités régionales » dans Châteauguay qui trône. Pour la côte-Nord,  la palme revient à une liste de l’Observatoire d’Oiseaux de Tadoussac en automne qui cumula plusieurs oiseaux tardifs observés par l’ornithologue présent pour les décomptes. Et bien sûr, quelques événements de correction migratoire mémorables au printemps, dont celle du 28 mai 2018, qui a fait connaître les dunes de Tadoussac à travers le monde.

Pour terminer, je vous offre quelques mentions vraiment inusitées d’espèces communes. Si on exclut les raretés (moins de 1000 mentions), le top 100 est encore une fois dans les régions éloignées, presque toujours des espèces aquatiques. Au sud du 50ième parallèle cependant, le top 4 revient à ces incroyables décomptes de 144 000 Paruline à poitrine baie, 14 400 P. du Canada, 28 900 P. à gorge orangée et 108 000 P. tigrées! Liste de rêve, disons-le. Mais ce ne sont pas que les nombres, parfois c’est l’éloignement. Les passereaux dans le Nord étonnent souvent, comme ce Junco ardoisé qui chantait sur le toit d’une maison à Salluit! Et une pour la route… ce mâle Hirondelle noire, perdu dans le temps et l’espace: un 14 octobre aux Îles de la madeleine!

Une chose qu’on doit retenir dans tout cela: si vous êtes en quête de surprises, sortez des sentiers battus, de votre zone de confort!

Bon, cela inclut les doublons (listes partagées, même oiseau, etc) mais mesure quand même l’observabilité de l’espèce.
* ÉVITER de faire des « life-lists » et autres compilations du genre dans les listes eBird! Le portail se charge de faire ce travail pour vous.

André Desrochers

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